Mains d'une femme âgée tenant des comprimés

ALD d’un parent âgé : ce qui change vraiment au 1er octobre 2026

Par N. Hazil, spécialiste en gériatrie · Mis à jour le 14 octobre 2026

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Il y a une scène qui va se répéter des milliers de fois en France au début du mois d’octobre. Un aidant passe à la pharmacie chercher les traitements de son parent, comme chaque mois. Et là, le pharmacien dit : « Celui-là, il y a quelque chose à payer maintenant. »

La question qui suit est toujours la même : « Mais il est en ALD, il est à 100 % ? »

Deux décrets, publiés à cinq mois d’intervalle, entrent en vigueur le même jour : le 1er octobre 2026. Ils ne suppriment pas l’ALD, contrairement à ce qu’on lit un peu partout. Mais ils en rognent deux morceaux, et c’est exactement le genre de changement qui se découvre au comptoir, sans prévenir, quand on est déjà fatigué.

Voici ce qui change réellement, ce qui ne change pas, combien ça coûte concrètement, et les cinq choses à vérifier avant le 1er octobre.

La réponse rapide

  • L’ALD n’est pas supprimée : les soins liés à la maladie restent pris en charge à 100 % du tarif de la Sécurité sociale.
  • Depuis le 1er octobre 2026, les médicaments à service médical rendu faible (ceux remboursés à 15 %, l’ancienne « vignette orange ») ne sont plus remboursés à 100 % au titre de l’ALD (décret du 16 avril 2026).
  • Les plafonds annuels des franchises et des participations forfaitaires passent de 50 € à 70 € chacun, soit 140 € au total (décret n° 2026-858 du 11 septembre 2026). Les montants unitaires ne changent pas.
  • À faire : demander au pharmacien quels traitements sont concernés, et vérifier la mutuelle.

D’abord, ce que « 100 % » a toujours voulu dire (et ce qu’il n’a jamais voulu dire)

C’est le malentendu de départ, et il explique la moitié des mauvaises surprises. L’affection de longue durée exonérante ne rembourse pas « tout ». Elle supprime le ticket modérateur sur la base de remboursement de la Sécurité sociale, et uniquement pour les soins en rapport avec la maladie reconnue.

Concrètement, même avec une ALD, restaient déjà à la charge de votre parent :

  • les dépassements d’honoraires (le spécialiste en secteur 2, l’anesthésiste, le chirurgien) ;
  • sur le matériel médical, l’écart entre le tarif remboursé et le prix réellement facturé par le fournisseur ;
  • la participation forfaitaire et les franchises médicales, retenues automatiquement sur les remboursements ;
  • le forfait hospitalier pour toute hospitalisation de plus d’une journée ;
  • tout ce qui n’est pas remboursable du tout.

Et surtout : les soins sans rapport avec l’ALD sont remboursés aux taux habituels. C’est le principe de l’ordonnance bizone, cette ordonnance en deux parties que le médecin utilise. La partie haute (zone 1), c’est l’ALD, pris en charge à 100 % de la base. La partie basse (zone 2), c’est le reste : 70 % pour les consultations, 65, 30 ou 15 % pour les médicaments, 60 % pour les soins infirmiers et de kinésithérapie.

Retenez ce mécanisme : les deux changements du 1er octobre se greffent exactement dessus.

Boîte de médicaments et plaquette de gélules posées sur un comptoir de pharmacie
Photo : Melany @ tuinfosalud.com / Unsplash

Changement n° 1 — 171 médicaments sortent du 100 % ALD

Le décret n° 2026-285 du 16 avril 2026, publié au Journal officiel du 17 avril, met fin à l’exonération du ticket modérateur pour les médicaments dont le service médical rendu (SMR) est jugé faible chez les patients en ALD. L’entrée en vigueur est fixée au 1er octobre 2026, et 171 spécialités sont concernées.

Le SMR faible, c’est la fameuse « vignette orange » — des médicaments remboursés à 15 % dans la population générale. Jusqu’ici, l’ALD ramenait ces 15 % à 100 %. À partir d’octobre, ils resteront à 15 % pour tout le monde, ALD ou pas.

SituationAvant le 1er octobre 2026À partir du 1er octobre 2026
Parent en ALD, médicament à SMR faibleRemboursé à 100 %Remboursé à 15 % — reste à charge 85 %
Parent en ALD, médicament à SMR important ou modéréRemboursé à 100 %Inchangé : 100 %
Dispositifs médicaux essentiels (lecteur de glycémie, bandelettes…)100 %Inchangé : 100 %

Parmi les spécialités concernées figurent des noms qu’on trouve dans presque toutes les armoires à pharmacie : Gaviscon (reflux), Spasfon et Météospasmyl (douleurs digestives, ballonnements), Dexeryl (sécheresse cutanée), Tanakan, Bétadine dermique, Zovirax et l’aciclovir crème, le Valium. La liste complète des 171 spécialités est publiée sur ameli.fr.

Ce qui n’est pas touché — et c’est l’essentiel

Je le précise parce que c’est la première inquiétude que j’entends : les traitements de fond ne sont pas concernés. L’insuline et les antidiabétiques oraux, les antihypertenseurs, la lévothyroxine, les anticancéreux, les traitements de l’insuffisance cardiaque : tout ce qui relève du SMR important ou modéré reste pris en charge à 100 % dans le cadre de l’ALD. Le décret vise les médicaments dont l’efficacité est jugée faiblement démontrée, pas le traitement de la maladie elle-même.

Bonne nouvelle : la mutuelle peut compenser. Sur ces 171 médicaments, ce qui réapparaît, c’est un ticket modérateur classique — et un contrat de complémentaire santé peut le prendre en charge. C’est précisément l’inverse du second changement.

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Changement n° 2 — le plafond des franchises passe de 100 à 140 € par an

Le décret n° 2026-858 du 11 septembre 2026, publié au Journal officiel du 12 septembre, relève les plafonds annuels des deux dispositifs de reste à charge, au titre de l’inflation cumulée depuis 2005. Là encore, entrée en vigueur au 1er octobre 2026.

DispositifCe qu’il prélèvePlafond annuel avantPlafond annuel après
Franchise médicale1 € par boîte de médicament, 1 € par acte paramédical, 4 € par transport sanitaire50 €70 €
Participation forfaitaire2 € par consultation, acte médical ou acte de biologie50 €70 €
Total cumulé maximum par an et par personne100 €140 €

Le point que presque personne ne dit correctement : les montants unitaires ne bougent pas. Votre parent continuera de payer 1 € par boîte et 2 € par consultation, exactement comme avant. C’est uniquement le plafond annuel qui monte. Autrement dit, il pourra en cumuler davantage dans l’année avant que le compteur ne s’arrête.

Le décret prévoit aussi qu’à partir du 1er janvier 2028, ces plafonds seront revalorisés chaque année sur l’inflation. Ce n’est donc pas un rattrapage isolé, c’est un mécanisme qui devient automatique.

Non, ce n’est pas 200 €

Un chiffre a beaucoup circulé cet été : 200 €. Il venait d’une annonce gouvernementale de juillet 2026 qui envisageait un doublement pur et simple des deux plafonds. Ce doublement n’a pas été retenu. Le décret effectivement publié au Journal officiel fixe 70 € par dispositif, soit 140 € au total. Si vous croisez encore l’information à 200 €, elle est périmée.

Ce que la mutuelle ne pourra pas faire

C’est la différence de fond entre les deux changements, et elle a des conséquences très concrètes : les contrats responsables n’ont pas le droit de rembourser les franchises médicales ni la participation forfaitaire. C’est une exclusion légale. Inutile donc d’appeler la mutuelle pour ces 140 € : personne ne les prendra en charge à la place de votre parent.

Les exonérations existantes sont maintenues — environ 18 millions de personnes ne sont pas concernées par ces prélèvements : les moins de 18 ans, les bénéficiaires de la Complémentaire santé solidaire (C2S), les femmes enceintes à partir du 6e mois, les mineures pour la contraception, les victimes d’un acte de terrorisme. Regardez cette liste avec attention : pour une personne âgée, la seule porte d’exonération réellement accessible, c’est la C2S. Si les revenus de votre parent sont modestes, cela vaut la peine de vérifier son éligibilité — l’effet dépasse largement ces 140 €.

Combien ça coûte vraiment ? Le calcul honnête

Je préfère donner des ordres de grandeur que des cris d’alarme, parce que les deux mesures n’ont pas du tout le même poids.

Sur les franchises, l’augmentation est plafonnée : c’est 40 € de plus par an au maximum (20 € sur chaque dispositif). Pas un euro de plus, quelle que soit la consommation de soins. Et elle ne concerne que les personnes qui atteignaient déjà l’ancien plafond de 100 € — c’est-à-dire, mécaniquement, celles qui sont le plus malades. Un parent qui voit son médecin deux fois par an et prend peu de médicaments ne verra aucune différence.

Sur les 171 médicaments, l’impact dépend entièrement de l’ordonnance. Ces spécialités coûtent en général entre 3 et 8 € la boîte. Un parent qui a un Gaviscon et un Dexeryl renouvelés chaque mois passera d’environ 0 € à une dizaine d’euros par mois — sauf si sa mutuelle prend le relais. Un parent qui n’en a aucun ne paiera rien de plus.

Mis bout à bout, pour une personne âgée polypathologique avec une bonne mutuelle, on est sur quelques dizaines d’euros par an. Ce n’est pas un effondrement. Mais ça s’ajoute à un budget santé qui, dans beaucoup de familles que j’accompagne, est déjà tendu — et cela mérite d’être anticipé plutôt que subi.

Les 5 vérifications à faire avant le 1er octobre

C’est la partie utile. Une demi-heure suffit.

1. Repérer les médicaments concernés. Attention : la « vignette orange » a disparu des boîtes depuis juillet 2014. L’expression est restée, mais l’information ne figure plus sur l’emballage. Elle apparaît en revanche sur la base publique des médicaments (medicaments.gouv.fr) et sur la facture que remet le pharmacien. Le pharmacien peut aussi vous dire en trente secondes, sur son logiciel, lesquels des traitements de votre parent basculent au 1er octobre. C’est le professionnel le mieux placé, et c’est gratuit.

2. Poser la question au médecin traitant : est-ce encore utile ? C’est l’occasion que je ne laisserais pas passer. Quand un médicament à faible service médical rendu traîne depuis des années dans une ordonnance, la vraie question n’est pas de savoir qui le paie, mais s’il a encore sa place. Chez une personne âgée, chaque ligne d’ordonnance en moins réduit le risque d’interaction et de chute — c’est tout l’enjeu de la polymédication et de la iatrogénie. Ne jamais arrêter un traitement soi-même : c’est une discussion à avoir avec le médecin, pas une décision d’aidant.

3. Relire le contrat de mutuelle sur un point précis. Pas les pourcentages de garantie : la ligne « ticket modérateur médicaments ». Certains contrats d’entrée de gamme excluent les médicaments remboursés à 15 % par la Sécurité sociale. C’est exactement la catégorie qui bascule. Si c’est le cas, c’est un argument concret pour revoir la mutuelle de votre parent à l’échéance annuelle.

4. Vérifier l’éligibilité à la Complémentaire santé solidaire. C’est la seule exonération accessible à une personne âgée, et elle est largement sous-demandée. Elle se vérifie auprès de la caisse d’assurance maladie ou sur ameli.fr ; les plafonds de ressources sont à confirmer auprès de l’organisme, ils sont réévalués régulièrement.

5. S’assurer que l’ordonnance bizone est bien utilisée. Cela paraît technique, mais c’est une source de reste à charge silencieuse : si un soin lié à l’ALD est écrit en zone 2 au lieu de la zone 1, il est remboursé à 70 % au lieu de 100 %. Quand le remboursement vous paraît anormalement bas sur un soin manifestement lié à la maladie, c’est la première chose à faire vérifier.

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Ces vérifications sont aussi l’occasion d’un vrai ménage d’ordonnance : notre article sur la polymédication chez la personne âgée explique comment le demander. Pour comparer les contrats, voyez nos repères pour choisir la mutuelle d’un parent âgé.

Ce qui ne change pas du tout

Pour terminer sur ce qui reste acquis, parce que l’inquiétude dépasse souvent la réalité de ces textes :

  • l’ALD elle-même, son protocole de soins et sa durée ;
  • la prise en charge à 100 % des traitements de fond de la maladie ;
  • la prise en charge des frais de transport liés à l’ALD, sur prescription et sous conditions ;
  • le tiers payant, quand le professionnel le pratique ;
  • la possibilité d’un arrêt de travail de plus de six mois ;
  • la possibilité, pour un patient en ALD exonérante, de déclarer un infirmier référent chargé de coordonner le parcours de soins — un dispositif très utile et très peu connu quand plusieurs intervenants se succèdent au domicile.

Questions fréquentes

Est-ce que l’ALD est supprimée au 1er octobre 2026 ?

Non. L’ALD et la prise en charge à 100 % des soins liés à la maladie sont maintenues. Deux décrets en réduisent le périmètre sur deux points précis : les médicaments à service médical rendu faible sortent de l’exonération, et le plafond annuel des franchises et participations forfaitaires passe de 100 à 140 €.

Quels médicaments de mon parent sont concernés ?

Uniquement ceux à SMR faible, remboursés à 15 % (l’ancienne « vignette orange », qui ne figure plus sur les boîtes depuis 2014), au nombre de 171. La liste complète est publiée sur ameli.fr, et le pharmacien peut la vérifier immédiatement sur son logiciel. Les traitements de fond de la maladie ne sont pas concernés.

Ma mutuelle peut-elle rembourser ces frais supplémentaires ?

En partie. Elle peut prendre en charge le ticket modérateur réapparu sur les médicaments à SMR faible, si le contrat le prévoit. Elle n’a en revanche pas le droit de rembourser les franchises médicales et la participation forfaitaire : c’est une exclusion légale des contrats responsables.

Le plafond passe-t-il bien à 200 € ?

Non. Un doublement à 200 € avait été annoncé en juillet 2026, mais il n’a pas été retenu. Le décret n° 2026-858 du 11 septembre 2026 fixe le plafond à 70 € par dispositif, soit 140 € au total par an et par personne.

Mon parent paiera-t-il plus cher par boîte de médicament ?

Non, les montants unitaires ne changent pas : 1 € par boîte, 1 € par acte paramédical, 4 € par transport sanitaire, 2 € par consultation. Seul le plafond annuel augmente, ce qui signifie qu’il faut cumuler davantage avant que les prélèvements ne s’arrêtent.

Y a-t-il un moyen d’être exonéré de ces franchises ?

Pour une personne âgée, la seule voie réellement accessible est la Complémentaire santé solidaire (C2S), soumise à conditions de ressources. Les plafonds sont à confirmer auprès de la caisse d’assurance maladie, qui est aussi l’interlocuteur pour déposer la demande.

Sources officielles à consulter

📖 À lire aussi

Article rédigé par N. Hazil, spécialiste en gériatrie.

Écrit par N. Hazil, spécialiste en gériatrie

Diplômée en médecine générale, titulaire de la capacité de gériatrie (formation à Bordeaux) et aidante familiale. Les articles du Relais des Aidants donnent des repères : ils ne remplacent pas l’avis du médecin traitant. Découvrir son parcours

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