Infirmière auprès d'un patient âgé dans un lit d'hôpital

Fracture du col du fémur chez un parent âgé : ce qui se passe à l’hôpital et comment préparer le retour

Le téléphone sonne un soir. Votre mère est tombée dans la salle de bain, elle ne peut plus se relever, les pompiers l’emmènent aux urgences. Quelques heures plus tard, un interne prononce les mots : « fracture du col du fémur, on l’opère demain matin. »

À partir de là, tout va très vite — et personne n’a le temps de vous expliquer la suite. Pourtant, les décisions les plus importantes ne se prennent pas au bloc. Elles se prennent dans les dix jours qui suivent, pendant que votre parent est encore hospitalisé, et c’est très souvent la famille qui doit les provoquer.

Voici comment se déroule réellement ce parcours, où se situent les moments de bascule, et surtout : ce qui doit être demandé avant la sortie, parce qu’après, c’est beaucoup plus difficile à obtenir.

D’abord, un mot sur l’ampleur du phénomène

La fracture de l’extrémité supérieure du fémur — ce qu’on appelle indifféremment « fracture du col », « fracture du trochanter » ou « fracture de hanche » — représente environ 75 000 hospitalisations par an en France chez les 65 ans et plus, avec une fréquence trois fois plus élevée chez les femmes que chez les hommes. Ce n’est pas un accident rare : c’est l’un des événements les plus structurants du grand âge.

Il faut dire honnêtement les choses : c’est un événement grave. Les études françaises situent la mortalité à un an autour de 20 à 30 % chez les patients les plus âgés. Mais ce chiffre, souvent asséné brutalement sur internet, dit moins que ce qu’il laisse croire. Il recouvre des situations radicalement différentes, et ce qui pèse le plus lourd dans le pronostic, c’est l’état de santé et d’autonomie avant la chute, pas la fracture elle-même. Une personne qui marchait seule, s’alimentait bien et n’avait pas de troubles cognitifs n’est pas dans la même trajectoire qu’une personne déjà très fragile.

Ce que cela veut dire pour vous : il y a des choses à jouer. Beaucoup, même. Et elles se jouent maintenant.

Étape 1 — L’opération, et pourquoi elle est si rapide

Presque toutes ces fractures sont opérées. Non pas par acharnement, mais parce que l’immobilisation prolongée est plus dangereuse que l’intervention : elle expose aux escarres, aux infections pulmonaires, aux phlébites, à la confusion et à la fonte musculaire. L’objectif de la chirurgie n’est pas seulement de réparer l’os : c’est de permettre de remettre la personne debout très vite.

Les recommandations professionnelles françaises (Haute Autorité de santé et SOFCOT) vont dans ce sens : quand l’état général le permet, l’intervention est programmée dans les meilleurs délais, très souvent dans les 24 à 48 heures. Si l’opération est repoussée, il y a presque toujours une raison médicale — un traitement anticoagulant à gérer, un bilan cardiaque, une infection à traiter. C’est une question légitime à poser à l’équipe : « qu’est-ce qui doit être réglé avant qu’elle puisse être opérée ? »

Deux techniques principales, selon le trait de fracture et l’âge :

  • l’ostéosynthèse — l’os est fixé avec des vis, une plaque ou un clou ; l’articulation naturelle est conservée ;
  • l’arthroplastie — la tête du fémur est remplacée par une prothèse, partielle ou totale.

Cette distinction n’est pas anecdotique pour la suite : en cas de prothèse de hanche, il existe un risque de luxation pendant les premiers mois, qui impose des précautions très concrètes à la maison. Demandez explicitement quelle technique a été utilisée, et notez-le. On vous le redemandera souvent.

Étape 2 — L’orthogériatrie, le mot à connaître

C’est probablement l’information la moins connue des familles, et l’une des plus utiles.

L’orthogériatrie désigne une prise en charge conjointe par le chirurgien orthopédiste et un médecin spécialisé en gériatrie, tout au long de l’hospitalisation. Elle fait l’objet de recommandations de la Haute Autorité de santé, élaborées avec la Société française de gériatrie et de gérontologie et la SOFCOT.

Pourquoi cela change quelque chose ? Parce qu’une personne âgée opérée d’une hanche n’a pas qu’un problème de hanche. Elle a souvent, en même temps : une douleur mal évaluée, une dénutrition qui s’installe, une confusion post-opératoire, une ordonnance de dix médicaments à réajuster, une anémie, une constipation, et un risque d’escarre qui démarre dès le deuxième jour. Le chirurgien ne traite pas tout cela ; le médecin spécialisé en gériatrie, si.

La question à poser : « Y a-t-il un médecin spécialisé en gériatrie qui suit ma mère pendant son hospitalisation ? » Tous les établissements n’ont pas d’unité d’orthogériatrie, mais beaucoup disposent d’une équipe mobile de gériatrie qui peut être sollicitée. Le simple fait de demander déclenche parfois l’avis.

Étape 3 — Le vrai moment de bascule : l’orientation après l’hôpital

C’est ici que tout se joue, et c’est là que les familles sont les plus démunies, parce qu’on leur annonce souvent la décision au lieu de la construire avec elles.

Trois orientations possibles à la sortie du service de chirurgie :

OrientationPour quiCe qu’il faut vérifier
Rééducation en établissement (soins médicaux et de réadaptation)La majorité des personnes âgées après ce type de fractureLa distance : un établissement trop loin, c’est moins de visites, et les visites comptent
Retour direct à domicile avec kiné de villePersonne autonome avant la chute, logement adapté, entourage présentQue le matériel soit livré avant l’arrivée, pas après
Hébergement temporaire ou entrée en établissementQuand le retour est impossible à court termeNe pas transformer une décision d’urgence en décision définitive

Trois choses à savoir :

1. Vous avez le droit d’exprimer une préférence d’établissement de rééducation. La proposition est souvent faite en fonction des places disponibles, ce qui est légitime, mais votre avis compte — surtout sur la distance. Dites-le tôt, pas la veille du transfert.

2. Le temps de rééducation est un investissement, pas du temps perdu. C’est pendant ces semaines que se décide la capacité à remarcher, à se relever seul d’un fauteuil, à passer du lit aux toilettes la nuit. Écourter ce séjour pour « rentrer plus vite à la maison » est souvent un mauvais calcul.

3. La question à poser à l’équipe de rééducation, avant la sortie : « concrètement, qu’est-ce qu’elle sait faire seule aujourd’hui ? » Marcher combien de mètres, avec quelle aide, monter combien de marches, se relever seule ou non. C’est cette réponse-là — pas un pronostic général — qui doit dicter l’organisation du domicile.

Personne âgée marchant chez elle avec un déambulateur

Étape 4 — L’aide que presque personne ne demande : l’ARDH

S’il ne fallait retenir qu’une chose de cet article, ce serait ce sigle.

L’ARDH — Aide au Retour à Domicile après Hospitalisation — est un dispositif d’action sociale des caisses de retraite qui finance, pendant trois mois maximum, la période la plus critique : celle du retour.

Elle peut couvrir :

  • des aides humaines : aide-ménagère, portage de repas, transport accompagné, accueil de jour, soins de pédicurie, dépannage à domicile ;
  • des aides techniques : téléalarme, téléphone adapté, rampe, tapis antidérapant, rehausseur de WC, barre d’appui, siège de douche.

Trois points de vigilance, et ils sont décisifs :

  • elle est attribuée sous conditions de ressources, et concerne les personnes relevant du régime général et titulaires d’une pension de vieillesse du régime général ; les conditions exactes et les plafonds sont à confirmer auprès de la caisse de retraite ;
  • le dossier se monte pendant l’hospitalisation, auprès de l’assistante sociale de l’établissement ; c’est elle qui évalue les besoins et transmet le dossier à la caisse ;
  • elle ne se cumule pas avec l’APA : si votre parent perçoit déjà l’APA à domicile, c’est une révision du plan d’aide qu’il faut demander en urgence au conseil départemental, en invoquant le changement de situation.

Le geste concret : demandez à rencontrer l’assistante sociale du service dans les 48 heures qui suivent l’opération. Pas la semaine de la sortie. C’est le rendez-vous le plus rentable de tout le parcours, et il ne vient jamais à vous spontanément.

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Étape 5 — Préparer le domicile, pièce par pièce

Le retour se prépare pendant la rééducation, pas le jour même. Ce que recommandent les professionnels, et ce qui revient systématiquement :

  • installer la chambre au rez-de-chaussée si l’escalier est un obstacle, même temporairement ;
  • rehausser les WC et poser des barres d’appui aux toilettes et dans la salle de bain ;
  • supprimer les tapis, sécuriser les sols, dégager les câbles : c’est le premier facteur de rechute ;
  • louer le matériel plutôt que l’acheter pour ce qui est temporaire — lit médicalisé, déambulateur, fauteuil roulant : la location sur prescription est prise en charge ;
  • mettre en place une téléassistance, au moins pendant la période de fragilité ;
  • adapter la salle de bain si la douche n’est pas de plain-pied — voir notre guide pour aménager la salle de bain.

Si vous ne savez pas par où commencer, c’est exactement la mission d’un ergothérapeute à domicile : il vient, il regarde la vraie maison, et il hiérarchise. Une visite vaut dix listes trouvées sur internet, y compris celle-ci.

Le cas particulier de la prothèse de hanche

Si votre parent a reçu une prothèse, trois interdits tiennent pendant les premiers mois, pour éviter la luxation : ne pas s’asseoir sur un siège bas, ne pas s’accroupir, ne pas croiser les jambes. Ces trois consignes expliquent à elles seules le rehausseur de WC, le fauteuil haut, l’enfile-bas et la pince à long manche. Ce ne sont pas des gadgets de confort : ce sont les outils qui rendent les interdits tenables.

Pour information, la reprise de la conduite automobile est généralement envisagée autour de six semaines, et les activités de loisir à partir du troisième mois — mais c’est au chirurgien de le dire, au cas par cas.

Étape 6 — Les semaines suivantes : ce qu’il faut surveiller sans dramatiser

Le retour à la maison n’est pas la fin du parcours. Quelques points d’attention, à garder en tête sans s’affoler :

  • La rééducation ne s’arrête pas à la sortie. Les séances de kinésithérapie à domicile prolongent le travail commencé, et les acquis se perdent vite quand elles s’interrompent.
  • La peur de retomber est presque universelle, et elle est en soi un facteur de perte d’autonomie : à force de ne plus bouger, on se déconditionne. Reprendre la marche, même sur quelques mètres, compte autant que les exercices.
  • L’alimentation. La reconstruction osseuse et musculaire demande des protéines ; la dénutrition après une hospitalisation est fréquente et passe inaperçue.
  • Le traitement. Une fracture sur un os fragile pose la question de l’ostéoporose et de la vitamine D : c’est une discussion à avoir avec le médecin traitant, pas une décision d’aidant.
  • La deuxième chute. C’est le vrai risque des mois qui suivent. Notre guide de prévention des chutes pièce par pièce reprend tout, méthodiquement.

Si une situation aiguë survient — douleur brutale, fièvre, confusion soudaine, impossibilité de prendre appui —, ce n’est pas un sujet d’organisation : appelez le médecin, et le 15 en cas d’urgence vitale.

La check-list à garder sous la main

  • ☐ Demander quelle chirurgie a été réalisée : ostéosynthèse ou prothèse
  • ☐ Demander si un médecin spécialisé en gériatrie suit l’hospitalisation
  • ☐ Rencontrer l’assistante sociale dans les 48 h suivant l’opération
  • ☐ Déposer le dossier ARDH, ou demander une révision d’APA en urgence
  • ☐ Exprimer une préférence sur l’établissement de rééducation
  • ☐ Demander une prescription pour le matériel (lit, déambulateur, fauteuil) avant la sortie
  • ☐ Faire poser barres d’appui et rehausseur pendant la rééducation
  • ☐ Organiser les séances de kiné à domicile avant le retour
  • ☐ Mettre en place la téléassistance
  • ☐ Prévoir qui sera là les trois premiers jours

Questions fréquentes

Faut-il forcément opérer une fracture du col du fémur chez une personne très âgée ?

Dans la très grande majorité des cas, oui, car l’immobilisation prolongée expose à des complications souvent plus graves que l’intervention elle-même : escarres, infections pulmonaires, phlébites, confusion, fonte musculaire. La décision revient toutefois à l’équipe médicale, qui évalue l’état général et les risques anesthésiques au cas par cas.

Combien de temps dure la rééducation après une fracture de hanche ?

Cela dépend entièrement de l’autonomie qui existait avant la chute, du type de chirurgie et de la récupération. Ce qui compte n’est pas une durée théorique mais une capacité concrète : marcher quelques mètres, se relever d’un fauteuil, se rendre aux toilettes la nuit. C’est la question à poser à l’équipe de rééducation avant toute date de sortie.

Qu’est-ce que l’ARDH et comment la demander ?

L’Aide au Retour à Domicile après Hospitalisation est une aide d’action sociale des caisses de retraite qui finance pendant trois mois maximum des aides humaines et techniques au retour. Elle est attribuée sous conditions de ressources. Le dossier se monte pendant l’hospitalisation, auprès de l’assistante sociale de l’établissement, qui le transmet à la caisse de retraite. Les conditions exactes sont à confirmer auprès de l’organisme.

Mon parent a une prothèse de hanche : quels gestes sont interdits à la maison ?

Pendant les premiers mois, trois gestes exposent au risque de luxation : s’asseoir sur un siège bas, s’accroupir, croiser les jambes. C’est ce qui justifie le rehausseur de WC, un fauteuil haut, un enfile-bas et une pince à long manche. Les consignes précises et leur durée sont données par le chirurgien.

Peut-on rentrer directement à la maison sans passer par la rééducation ?

C’est possible lorsque la personne était autonome avant la chute, que le logement est adapté et qu’un entourage est présent, avec des séances de kinésithérapie de ville. Mais écourter la rééducation pour rentrer plus vite est souvent un mauvais calcul : c’est pendant cette période que se reconstruit la capacité à marcher et à se relever seul.

Qu’est-ce que l’orthogériatrie ?

C’est une prise en charge conjointe par le chirurgien orthopédiste et un médecin spécialisé en gériatrie pendant toute l’hospitalisation, qui fait l’objet de recommandations de la Haute Autorité de santé avec la SFGG et la SOFCOT. Elle permet de traiter en même temps la fracture et tout ce qui l’accompagne : douleur, dénutrition, confusion, révision des traitements, prévention des escarres. Tous les établissements n’en disposent pas, mais beaucoup ont une équipe mobile de gériatrie que l’on peut demander.

Sources officielles à consulter

  • ameli.fr — dossier « Fracture du col du fémur et du trochanter » : traitement chirurgical, suivi et rééducation, préparation de la sortie d’hôpital
  • Haute Autorité de santé / SOFCOT — « Chirurgie des fractures de l’extrémité proximale du fémur chez les patients âgés »
  • Haute Autorité de santé / SFGG / SOFCOT — « Orthogériatrie et fracture de la hanche »
  • Santé publique France — surveillance épidémiologique des chutes et des fractures de l’extrémité supérieure du fémur chez les personnes âgées
  • Votre caisse de retraite — conditions, plafonds de ressources et montants de l’ARDH, à confirmer auprès de l’organisme
  • Le CCAS de la commune et le portail pour-les-personnes-agees.gouv.fr — aides locales et interlocuteurs

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Article rédigé par N. Hazil, spécialiste en gériatrie.

Écrit par N. Hazil, spécialiste en gériatrie

Diplômée en médecine générale, titulaire de la capacité de gériatrie (formation à Bordeaux) et aidante familiale. Les articles du Relais des Aidants donnent des repères : ils ne remplacent pas l’avis du médecin traitant. Découvrir son parcours

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